Il y a des jours comme ça…

16. janvier 2018 Perso 3
Il y a des jours comme ça…

Ce matin, pour la première fois de ma vie, je me suis rendu spontanément aux urgences psychiatriques de mon arrondissement. Ouais, carrément. J’en étais arrivé à un tel degré de noirceur que ça m’est apparu comme la seule solution rationnelle. En tous cas, plus valide que de prendre le risque d’essayer de gérer ça tout seul, comme un grand, avec dieu sait quel résultat néfaste à la clé…

Bien sûr, je n’y ai pas trouvé l’apaisement définitif que je cherche depuis des années, mais on m’a renvoyé chez moi avec un calmant, en me conseillant de prendre rapidement contact avec mon généraliste. Ce que j’ai fait dans la minute. Et ça a suffi à me faire aller un peu mieux. Pour le moment.

Je ne sais pas encore trop pourquoi j’écris tout ça. Je ne sais même pas si je vais avoir le courage de le mettre en ligne. Mais je me dis que quand ça va mal à ce point, il n’y a pas de honte à appeler à l’aide. Et c’est peut-être finalement juste de ça dont il s’agit.

Il y a environ quatre ans, après deux ans de thérapie régulière, on m’a diagnostiqué une dépression anxieuse profonde. Notez le qualificatif « profonde » qui vous laisse peu de doutes sur une guérison totale à terme. Sous anxiolytique depuis lors, je lutte au quotidien contre les montagnes russes induites par la maladie. Ceux qui en souffrent, quel que soit le degré, savent bien de quoi je parle : on alterne sans arrêt entre euphorie et abattement, sans qu’on puisse y faire grand chose, si ce n’est apprendre bon gré mal gré à surfer sur la vague et à « faire avec », pour parler prosaïquement.

Oh et ça nique votre vie sociale aussi. Parce qu’à choisir entre l’anxiété de se retrouver hors de sa zone de confort avec plein de gens, et le confort de son appartement, je vous avoue qu’il y a belle lurette que j’ai pris un abonnement à la seconde option. Bref, c’est la merde, et ça fait des années que ça dure.

Et ce matin, j’ai eu l’impression d’avoir atteint mon seuil de tolérance. Je me suis réveillé avec une sensation de lourdeur physique extrême, incapable de bouger, en proie à de violentes crises de larmes totalement ingérables. Comme j’étais seul à l’appart, et qu’à 7h du mat, il était un peu compliqué de réussir à trouver quelqu’un à qui parler, j’ai été pris de panique, avec une ampleur que je n’avais jusqu’ici jamais connu.

Pourtant, les crises d’angoisse, d’anxiété, d’hyperventilation, c’est quasiment mon quotidien depuis de nombreuses années. Mais là, c’était différent : il y avait clairement un message de mon corps, une manière pour lui de hurler « ça suffit là, j’ai atteint mes limites, bonhomme ». En tous cas, c’est comme ça que je l’ai interprété. Et ça m’a fait flipper.

Du coup, j’ai décidé de prendre les choses en main et d’en parler. Et on va bien voir ce qu’il advient. En attendant, je me dis que communiquer sur le problème n’est sans doute pas une mauvaise idée. Moi, ça me permet de coucher sur papier des états parfois difficiles à décrire, de prendre peut-être un peu de recul, suffisamment pour ne pas me faire définitivement submerger. Ça me permet aussi d’adopter une posture plus honnête par rapport à la maladie, arrêter d’essayer de me voiler la face sur son impact, arrêter d’en avoir honte, et apprendre à en parler plus ouvertement.

Et qui sait, peut-être qu’en lisant ceci, ceux qui luttent aussi au quotidien contre cette merde vont se sentir moins seuls. Ce sera toujours ça de pris sur l’ennemi.


3 commentaires sur “Il y a des jours comme ça…”

  • 1
    Mrianou le 16 janvier 2018 Répondre

    Faskil qui partage sa dépression.
    Ben merde, qui l’aurait cru ? Qui aurait cru que c’est lui (entre autre) qui m’a tirer vers le haut à plusieurs reprise sans même le savoir.

    Faskil, je t’ai découvert avec « Morceaux Choisis » à un moment assez sombre de ma vie. Oh, je ne parle pas de dépression, je ne pense pas avoir une force de caractère plus importante qu’un autre mais au contraire une certaine lâcheté qui évite de m’impliquer ou de remettre en question face à certaine horreur que j’ai pu rencontrer.

    On est loin du courage que tu viens de prendre aujourd’hui pour parler de ton état actuel.

    Or pour moi Faskil a été un de mes déclics culturels.

    Par rapport à mon boulot j’avais été un peu par la force des choses retirer de tout. Ou plutôt enfoncé dans une culture que je n’aimais pas, que j’étais quasiment le seul à rejeter mais qui contentait beaucoup de monde autour de moi.

    Et par une chance inouï, lors d’un court moment de repos je tombe sur « morceaux choisis ». J’ai essayé d’en prendre le maximum. C’était une petite fenêtre de lumière sur le restant de la mission, une petit coin de paradis, de repos.

    Revenu sur terre : j’essaye de me nourrir de tous ce que fait le bonhomme : « Les clairvoyants », « Humanoïde », je tombe sur radio Kawa, sur Geekzone (au tient « caf » il était là), ces playlists, etc.

    Et comme le fil qu’on tire et qui ramène tout un tas de truc : J’étais content, j’avais la une partie de la culture bien traité comme je pensais qu’on devait en parler.
    Je retrouvais des gens qui avait à peu près le même bagage culturel, par un concours de circonstance je me suis retrouvé mini mini CM de CanardPC. Mais Faskil ce fut la petite cerise sur le gâteau notamment coté musique.

    Mais depuis le temps que j’observe tout ces gens qui travail d’arrache pied de mon petit poste; Faskil, Caf, LePatar, Pipo et j’en passe , je m’étais fait un constat assez froid sur quelque chose qui m’emmerde qui me fait enrager et qui quelque part me dit que tu n’en serais sans doute pas dans cet état là.
    Je fais souvent un rêve ou je gagne à l’Euromillions et je mets du pognon dans ce petit microcosmos pour le mettre en avant où sans avoir la solution miracle je mets les moyens pour faire quelques choses de bons et de meilleurs que se que nous offres la TV ou des cliqueurs de pubs à top 10.
    Mais dans la réalité c’est bien la TV « entertainment » mal fagoté qui arrive a faire du chiffres a capter les gens.

    Alors actuellement, tout ce que je peut faire c’est de donner à Geekzone et ailleurs pour votre travail, à partager faire découvrir vos divers travaux. A donner pour un travail de qualité et à expliquer que non vous n’aurez rien de bon sur du modèle gratuit.

    Ce que tu fais Faskil, ce que tu me donnes est ma petite madeleine de Proust quand j’ai envie de souffler, ma petite gorgé de bière dans mon ciboulot quand je sort de ma crasse du boulot où je fais en sorte de faire découvrir ton travail.

    Je sais pas comment te remonter le moral ou te donner ce « coups de peps » juste un peu thune et de partage.Mais ne pense pas être un Don Quichotte de l’info se battant contre des moulins. Tu creuses un sillons qui j’espère voir devenir une grosse rivière.

    Bon rétablissement. C’est pas tout ça j’ai un Clairvoyants à rattraper.

  • 2
    Boogie Back le 16 janvier 2018 Répondre

    Tu sais je prête pas que des appartements, j’ai 2 oreilles disponibles aussi … et j’espere un cerveau au milieu mais parfois on peut se poser la question 🙂

  • 3
    Bertok le 18 janvier 2018 Répondre

    Bon deja faut un sacre courage pour se livrer de la sorte, chapeau bas!

    Et un deuxieme chapeau bas pour la decision de demander de l’aide. Bien que ne connaissant pas ta situation outre ce texte assez explicite, je peux imaginer que la tentation de voir tout ca sous l’angle de la normalite, fut-elle desagreable, entraine une inaction naturelle mais dangereuse. Tu as reussi a briser ce cercle et c’est top!

    Nous ne nous sommes pas vu depuis des annees, mais je garde de toi des souvenirs emus d’un ami creatif, talentueux, genereux et cultive. Nos apres-midi a Rix quand nous etions gamins, nos soirees de jeux de role, nos nuits radio et j’en passe des dizaines. Tu fais partie de mon adolescence et je te dois beaucoup. Tu m’as ouvert des portes qui seraient restees peut-etre fermees a jamais.

    J’ai toujours bien sur ete fan de ta musique, ca va sans dire.

    Je ne parle meme pas de mon admiration a l’epoque pour ta capacite naturelle a te mettre en couple avec des filles qui etaient bien trop femme pour moi. 😉

    Je me suis lance il y a quelques mois ds l’ecriture d’un roman (on verra si je parviens a le terminer, je suis deja content de l’avoir commence :-)) et il est tres possible que ta rencontre soit un des elements qui m’ont permis, apres des evolutions complexes, d’en arriver la. Te connaitre comme quelqu’un qui s’assume en tant que createur.

    Nous ne sommes pas a l’age le plus facile, bcp des amis de notre enfance se posent des questions et traversent une periode turbulente. Le debut de la deuxieme moitie de notre vie… avec quelques bagages sur le toit. Des possibilites enormes resultant de nos experiences multiples, mais aussi des questionnements profonds.

    Bilan plus ou moins positif globalement, et avec une certaine tendance a se concentrer sur le negatif. Alors qu’il y a aussi bcp de positif. Et puis aussi un moment je pense qu’on fini par se dire qu’on a pas grand chose a perdre. Je regardais une video hier sur le bateau de Brel, le Askoy II, que des belges sont en train d’essayer actuellement de sauver a Zeebrugge apres son echouage sur une plage de Nouvelle-Zelande en 1995. Et ils citaient une phrase de Brel que je trouve fabuleuse. « IL EST URGENT DE NE PLUS ETRE PRUDENT ».

    Moi j’avoue que ca va pas trop mal « mentalement » (ca irait encore mieux si le Bitcoin arretait de se casser la geule :-)). Physiquement c’est plus mitige meme si je fais des efforts pour rester en forme. J’ai eu de petits problemes cardiaques il y a 2 ans (en grande partie resolus) qui ont change profondement ma perception de la vie. Et je me souviens du mal que j’ai eu a accepter la realite de ma maladie, a aller demander conseil. Passer du statut de malade cache a celui de malade public n’est pas une etape facile. C’est ce qui me donne quelques elements pour comprendre l’importance du geste que tu as fais. Pour moi ca a fait une difference importante pour la suite.

    Je n’ai pas de conseil, je ne me permettrais pas d’en donner a distance, je voulais juste t’exprimer mon amitie, meme si j’ai ete un bien pietre ami pendant ces longues annees.

    Je pense que tu as des atouts enormes, un passe artistique remarquable et encore tellement de choses a creer, de gens a rencontrer, de moments a vivre.

    Je te souhaite bon courage du fond du coeur.

    Bernard

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